Vous êtes constamment en alerte pour éviter les conflits. Vous vous sur-adaptez ou vous n’exprimez jamais vos frustrations ou vos désaccords de peur de déclencher un conflit. Car vous détestez les conflits. Selon vous, un conflit menace la relation avec l’autre et vous angoisse. Mais pourquoi avez-vous si peur des conflits? Quels sont les effets négatifs de votre comportement d’évitement? Comment faire autrement? Et pourriez-vous avoir moins peur des conflits?
Pourquoi avez-vous si peur des conflits?
Des émotions comme la peur et la colère se manifestent d’abord pour assurer notre survie. Notre cerveau et tout notre système nerveux sont conçus depuis des milliers d’années pour provoquer nos réactions face à des dangers. En cas de peur, la fuite ou le combat, ou, si nous ne pouvons ni fuir ni nous battre, l’effondrement, la sidération et la dissociation pour nous éviter toute douleur. Et la colère nous aide à montrer à l’autre qu’il a dépassé nos limites. C’est un avertissement avant toute autre forme de combat.
Si enfant, vous avez connu un environnement avec beaucoup de colère, peut-être accompagnée de violence physique ou verbale, votre cerveau a enregistré que la colère (à l’époque, la colère d’un adulte), c’était très dangereux pour vous. Si, autre cas de figure, enfant, vous avez eu très peur pour l’un (ou les deux) de vos parents car celui-ci était soumis à une addiction ou malade, vous avez enregistré qu’il ne fallait pas faire de vague et maintenir une atmosphère calme et qui ne dérange pas ce parent déjà si fragile. C’est là que vous avez adopté cette stratégie consistant à éviter à tous prix les conflits. Car ces situations présentaient réellement un danger pour vous.
Vous n’êtes plus un enfant. Vous n’êtes pratiquement plus en danger, mais votre cerveau a enregistré ce schéma comportemental et ces croyances autour du conflit.
Quels sont les inconvénients de votre terreur des conflits?
Si le conflit vous terrorise et que l’idée d’un conflit réveille des souvenirs traumatiques, cela signifie:
Que vous n’exprimez jamais votre désaccord ou votre frustration. Vous ne pouvez jamais “régler” les choix ou les actions de ceux avec lesquels vous interagissez. Vous les subissez au lieu de collaborer et de co-construire avec eux les situations qui ont un impact sur vous. Cela peut concerner votre vie quotidienne au sein de votre couple, avec vos enfants ou avec votre famille d’origine. Mais cette peur du conflit étant généralisée, cela peut aussi concerner vos relations dans votre travail. Avec vos collègues ou vos associés.
Que vous n’exprimez jamais que “ceci” est votre limite. Vous vous sur-adaptez, vous suivez le mouvement, vous êtes toujours partant, toujours d’accord. Alors qu’au fond, vous ne l’êtes pas du tout. Et vous êtes épuisé.e!
L’effet secondaire majeur de cet évitement est qu’un jour, car vous êtes fait comme tous le monde, et il en va, comme pour tout le monde, de votre survie, il y a une fameuse “goutte d’eau” qui fait déborder votre tolérance et vous sombrez dans des colères noires, que personne ne comprend et que personne ne voit arriver.
Et le deuxième effet de cet évitement des conflits est que vous êtes tout le temps fatigué.e. Et vous êtes un.e très bon.ne candidat pour le fameux “Burn out'“. Car à force de vous sur-adapter et de ne respecter aucune de vos limites, votre organisme vous ayant envoyé des signaux que vous n’avez pas entendus, vous risquez de vous écrouler.
Comment surmonter votre peur du conflit?
Thomas d’Asembourg est l’auteur d’un livre dont le titre parle de lui-même: “Arrêtez d’être gentil, soyez vrai”.
Vous pouvez commencer par écouter votre corps, par écouter vos sensations le plus souvent possible. Car si vous vous écoutez, vous commencerez à entendre vos besoins.
Ensuite, vous pouvez commencer très doucement, sur des sujets faciles qui ne vous font pas peur, à exprimer ces besoins. Vous pouvez peut-être formuler une limite en parlant à la première personne du singulier: “Je peux baisser un peu le chauffage (de la voiture)? J’ai un peu trop chaud. Cela ne te dérange pas?”. Ou encore, au bureau: “Quand vous fixez une réunion sans consulter mon agenda, cela me met en difficulté. Je passe un temps fou pour me réorganiser et parfois, je froisse des gens qui ne comprennent pas que je leur demande de modifier un rendez-vous que nous avions fixé il y a très longtemps. Ils ont l’impression de ne pas être ma priorité, d’être peu importants pour moi. Ils se vexent car ils pensent que j’ai mieux à faire que de les voir. C’est très compliqué pour moi. Je me sens affreusement coupable. Est-ce que tu pourrais avoir la gentillesse de consulter mon agenda avant de fixer une réunion? Je t’en remercie d’avance. (Variante: en famille. “ Tu me reproches de ne pas être là pour venir déjeuner dimanche, mais est-ce que tu m’as demandé si j’étais disponible avant de le confirmer auprès de mes frères et soeurs? Je ne peux pas me couper en deux et je me sens extrêmement coupable de ne pas pouvoir te faire plaisir et de passer pour quelqu’un qui n’accorde aucune importance à notre famille. Alors que vous êtes très importants pour moi”.)
Vous allez réaliser progressivement qu’en étant très précis, très explicite dans l’expression de vos besoins, cela se passe très bien. On vous écoute et vous ne blessez personne. Vous êtes “entendu”.
Cela ne veut pas dire que tout ce que vous souhaitez va se réaliser. Mais cela signifie que vous pouvez en discuter, partager votre point de vue, collaborer, “faire équipe”. Vous ne serez plus dans la situation précédente qui vous faisait rétrécir devant chaque frustration ou chaque désaccord de peur d’affronter un éventuel conflit.
Vous allez retrouver du confort et une certaine qualité de vie. Ensuite seulement, vous pourrez tenter de traverser l’expérience d’un conflit. Et apprendre à “gérer” un conflit car un conflit est comme toute expérience, elle se gère. Il y a quelques techniques pour traverser une situation conflictuelle et surtout, pour en sortir. En évitant les affrontements symétriques le conflit devient un bon moyen de régler ses agacements, ses désaccords et de mieux se comprendre les uns les autres. Progressivement, vous n’aurez plus peur de votre colère ou de la colère de vos interlocuteurs. Vous serez sortis de vos empreintes “originelles” et vous aurez beaucoup grandi. Grâce à ce qui vous faisait tellement peur!