Dépendance affective : comment la reconnaître et comment s’en sortir ?
Qu’est-ce que la dépendance affective ? Comment cela se manifeste ? Êtes-vous dépendant affectif ? Voici les signes.
Les signes de la dépendance affective dans le couple, ses origines possibles et les pistes pour retrouver une relation plus sereine.
Le XIXème siècle a décrit l’amour romantique dans des romans qu’on lit encore. Mais au XXIème siècle, l’amour est devenu pour certains une source de douleur.
La douleur de la dépendance affective se réveille dans les couples quand l’autre est manifestement connecté.e, mais ne répond pas à nos messages, quand l’autre disparaît sans donner de nouvelles, quand l’autre parle à ses ex, ou pire, les croise avec un intérêt manifeste. …Chacun de ces exemples est vécu par un « dépendant affectif » comme un signe de rejet et un risque, une menace pour la relation, qui réveille une peur panique de l’abandon. Entraînant une suite de demandes ( réassurances), de justifications, de conflits parfois, qui abîment la relation de ce couple d’amoureux. Ils arrivent souvent dans mon Cabinet en évoquant des « problèmes de communication».
La psychothérapeute Robin Norwood a publié Ces femmes qui aiment trop en 1985 et c’est elle qui a contribué à diffuser le concept de « dépendance affective », ou de « dépendance amoureuse ». Nous ne sommes pas tous des dépendants affectifs, mais nous sommes tous vexés ou tristes quand l’autre ne répond pas à nos besoins ou ne nous offre pas la réciprocité de tout ce que nous lui offrons. Être amoureux n’est pas être dépendant affectif.
Alors êtes-vous blessé.e ou êtes-vous réellement « dépendant.e » ? Est-ce grave ? Jusqu’où êtes-vous prêt.e à aller pour garder l’autre (« à tous prix ») ou pour rester? Quels sont les signaux auxquels il faut que vous fassiez attention quand vous débutez une nouvelle relation ? Comment pouvez-vous sensibiliser votre partenaire pour que « la communication » soit plus facile ?
Qu’est-ce que la dépendance affective ? Comment cela se manifeste ? Êtes-vous dépendant affectif ? Voici les signes.
Robin Norwood décrit la dépendance amoureuse comme un comportement dysfonctionnel où l’attachement à une personne devient morbide: lorsque cette relation met en péril le bien-être émotionnel, voire la santé et la sécurité de celui ou de celle qui « aime », lorsque quelqu’un n’arrive pas à mettre fin à une relation alors qu’elle est manifestement toxique. Le comportement opposé consiste à se protéger de tout lien et à éviter toute relation amoureuse. Une sorte d’hyper indépendance qui n’est qu’un évitement manifeste qui peut aussi être le symptôme d’une dépendance affective non guérie.
- Si vous vous reconnaissez sur certaines de ces descriptions, vous êtes sans doute « dépendant.e » :
o Vous êtes très anxieux.se
o Vous avez besoin de vous sentir indispensable. Vos besoins passent toujours en dernier. Et vous avez besoin des autres autant que vous avez besoin qu’ils aient besoin de vous.
o Vous êtes prêt.e à tous les sacrifices pour être aimé.e. Vous vous accrochez aux gens de peur qu’ils ne vous quittent.
o Toute séparation est un échec.
o Vous cherchez à tout prix la sécurité et vous êtes prêt.e à suivre n’importe qui si c’est pour vous sentir en sécurité.
- Si vous vous reconnaissez sur certaines de ces descriptions, vous êtes sans doute dans une manifestation d’hyper indépendance, qui n’est pas nécessairement le contraire de la « dépendance » car l’hyper indépendance est aussi une façon de se protéger de l’abandon et de toute forme de déception amoureuse:
o Vous êtes évitant.e, vous ne regardez pas les gens, votre regard fuit.
o Vous êtes sur vos gardes, tout le temps en alerte à surveiller votre environnement.
o Vous aimez être désiré.e, que l’on manifeste de l’intérêt pour vous.
o L’intimité n’est pas facile, vous vous forcez parfois.
o Chaque séparation renforce votre croyance selon laquelle l’amour est impossible.
o Vous adorez votre liberté.
En ayant identifié tous ces signes, vous pouvez expliquer à votre partenaire ce qui vous insécurise et ce qui vous sécurise, ce qui facilitera votre relation et calmera votre système nerveux : vous serez moins en alerte. Car une relation amoureuse a besoin de sécurité et c’est une grande partie de mon travail que d’aider à construire, co-construire ou reconstruire cette sécurité au sein d’un couple.
D’où vient cette dépendance affective ?
Cette insécurité peut avoir plusieurs causes. De multiples facteurs peuvent y contribuer, notamment les évènements que nous avons traversés dans notre enfance. Sans parler systématiquement d’épisodes traumatiques, la forme d’attachement qu’a manifestée notre «care giver » (généralement nos mères) pendant nos deux premières années influence énormément notre sentiment de sécurité et plus particulièrement, notre sécurité affective. Des séparations plus ou moins longues pendant notre enfance, des critiques et des reproches qui ont construit une faible estime de soi, un environnement agité dans lequel nos limites n’étaient pas respectées, tous ces épisodes ont pu nous fragiliser. Mais il n’y a aucun déterminisme : si l’on prend conscience de ces empreintes et si l’on arrive à les déconstruire, à se détacher des croyances qui leur sont reliées, on peut sortir de notre dépendance. J’ai rencontré de nombreux exemples dans ma pratique et dans mon Cabinet.
Peut-on sortir de cette dépendance affective ? Comment se libérer de cette dépendance affective ?Comment vivent ceux qui aiment sans être dépendants ?
On en guérit, oui. Mais ce n’est pas une relation amoureuse qui peut nous guérir. C’est l’inverse : quand nous serons guéris, nous pourrons vivre de belles histoires d’amour.
Quand on est sorti de la dépendance amoureuse, on peut découvrir ce qu’est l’amour.
Nous nous sentons en sécurité avec la personne que nous aimons, nous profitons de chaque moment en ne cherchant pas des validations extérieures de notre valeur, nous ne nous sur-adaptons plus pour être accepté.e, nous sommes nous-mêmes sans faire aucun effort. Si nous nous séparons, nous le vivrons comme une opportunité de vivre une nouvelle expérience et de progresser. Nous nous définissons par nous-même, avec une douce lucidité.
Pour en guérir, le mieux est d’être accompagné par un thérapeute professionnel. Vous n’êtes plus un.e enfant. Vous êtes maintenant un.e adulte qui peut pratiquement se sortir de toute situation. Se sentir abandonné.e, quitté.e, par exemple, n’est pas agréable et nous rend généralement triste. Mais cela ne présente aucun danger, contrairement à ce que cela représente pour un jeune enfant, qui ne peut évidemment pas survivre seul.e. Un thérapeute professionnel saura vous aider à grandir et à quitter l’état émotionnel qui appartient à votre enfance : à deux ans, il est normal de traverser de l’anxiété et du désespoir quand notre mère s’éloigne. À trente ans, cela peut être difficile à vivre pour notre conjoint mais vous pouvez régler avec un thérapeute l’intensité de vos réactions émotionnelles.
Vous pouvez aussi expérimenter des techniques psycho-corporelles qui « réparent » le cerveau et nous « réalignent » : la respiration et la cohérence cardiaque (Bio Feedback), la sophrologie, la méditation, le yoga, le Taichi, le Qi Qong, ont des effets régulateurs sur nos émotions et peuvent contribuer à reconstruire notre sentiment de sécurité.
Comment éviter les relations amoureuses qui risquent de réveiller ou de renforcer votre dépendance amoureuse?
Il y a quelques signaux « sensibles » que vous devez surveiller quand vous débutez une relation, les fameux « Red Flags ».
En attendant d’être complètement guéri.e, il y a quelques situations qui risquent « inévitablement » de vous faire souffrir. Je rencontre souvent dans mon Cabinet des personnes qui répètent les mêmes schémas et voici quelques exemples qu’il vous faudra « vérifier ».
Si vous vous sentez un peu fragile, il vaudrait mieux les éviter :
· Si votre coup de foudre est marié.e ou déjà engagé.e, attention.
· Si votre coup de foudre vit loin, dans un autre pays ou une autre ville, attention.
· Si votre coup de foudre est lui-même fragile, attention (attention car vous cherchez de la sécurité…à tous prix et que par ailleurs, votre vocation de « sauveur-sauveuse », de « réparateur-réparatrice » risque de se réveiller et de s’accrocher).
· Si votre coup de foudre n’a pas très envie d’une relation « sérieuse », qu’il.elle a plusieurs relations en même temps, attention.
· Si votre coup de foudre souffle le chaud et le froid : un jour ce sont des déclarations enflammées, un autre, vous vous sentez complètement ignoré.e, attention (vous êtes sans doute tombé.e sur quelqu’un qui a un profil proche du vôtre).
Conclusion : La dépendance affective n’est pas une maladie. C’est un état qui résulte d’évènements et de sensations passées. Vous êtes adulte, et vous ne courrez en principe aucun danger. Un accompagnement thérapeutique peut vous aider à comprendre les mécanismes qui reviennent « automatiquement » , à retrouver davantage de sécurité intérieure, à poser vos limites et à construire des relations plus équilibrées. D’ici là, je vous souhaite d’éviter soigneusement les terrains minés qui ne peuvent qu’aggraver vos croyances et vos schémas.
On en guérit et j’ai rencontré beaucoup d’anciens « dépendants » qui sont complètement libérés….et amoureux.
Sommes-nous tous des dépendants affectifs ?
Quand nous parlons de dépendance affective dans notre quotidien, nous évoquons des adultes qui manifestent un très fort besoin d’être aimé, rassuré sur la force de l’attachement de leur partenaire, écouté, entendu, compris, reconnu, encouragé, soutenu.
La réponse est oui ! En tous cas, nous avons tous été des dépendants affectifs puisque c’est le propre de l’enfant que d’être dépendant des adultes, et que l’un des besoins fondamentaux de l’enfant est de se sentir aimé. De recevoir des réponses quand il cherche du lien et plonge ses yeux dans les yeux de ceux qui s’occupent de lui. La dépendance affective nous concerne donc tous, dans notre enfance. Mais on en parle beaucoup dans le monde adulte. Là, c’est plus compliqué.
En théorie, nous avons grandi et devrions être « autonomes » pour assouvir nos besoins. Pour certains, cela reste très compliqué. Mais qu’est-ce que la dépendance affective pour un adulte ? Vous reconnaissez-vous ?
Attention à l’abus de langage : on parle de dépendance affective, mais est-ce vraiment de la dépendance ?
La compulsion et la dépendance ont été définies par les psychologues (*) et sont décrites selon trois critères :
- La répétition compulsive de l’activité (donc juste une fois, ou de temps en temps, ce n’est pas de la dépendance).
- Sa persistance, même si elle a des conséquences négatives (sur la santé physique ou sur l’état psychique).
- L’obsession, le fait d’y consacrer toutes ses pensées (et parfois, toutes ses actions).
Quand nous parlons de dépendance affective dans notre quotidien, nous évoquons des adultes qui manifestent un très fort besoin d’être aimé, rassuré sur la force de l’attachement de leur partenaire, écouté, entendu, compris, reconnu, encouragé, soutenu. Et qui par peur de perdre le lien avec l’autre, sont prêts à tout : ils fuient les conflits et sont toujours d’accord avec l’autre, n’écoutent pas leurs propres besoins et dépassent même souvent leurs limites, pour maintenir la relation coûte que coûte. Quand ils sont débordés par la peur et l’angoisse de perdre l’autre, ils peuvent être agressifs et violents, ou partir dans des élaborations presque délirantes, des solutions « magiques » (« on va faire le tour du monde, et tous nos problèmes disparaitront”. Mais vous, vous pouvez partir faire le tour du monde ?).
Donc ce n’est pas tout à fait comme une addiction, mais si c’est une situation systématique, qui est tout le temps présente et que vous (ou votre partenaire) mouline en permanence, rumine des peurs et des reproches, cela ressemble à une forme de dépendance. Et si cela vous mine, vous rend malheureux-se (parfois, très malheureuse), c’est bien cela.
Dans un monde idéal, un adulte est indépendant et autonome.
Que se passe-t-il pour le dépendant affectif ?
La dépendance affective crée deux situations :
- La personne ne s’accorde aucune valeur et a incessamment besoin de la validation de l’autre pour se prouver qu’elle peut agir et qu’elle a une place. Les commentaires de l’autre, ses jugements, ont valeur de vérité.
- La personne confond ses besoins, tournés vers l’intérieur, vers soi, et ses désirs, tournés vers l’extérieur de soi, vers l’autre.
Par exemple, « J’ai besoin d’un hug », car cela me rassure et calme mes angoisses, mes peurs, ma sensation de vide. L’autre est à mon service vs
« J’ai furieusement envie de t’embrasser », qui est un élan de désir vers l’autre, qui me plait et qui m’attire pour tout ce qu’il (elle) est.
Face au dépendant affectif, le partenaire n’en fait jamais assez. Il (elle) est toujours trop loin. Il peut se sentir impuissant puisqu’il n’arrive pas à calmer l’angoisse de celui (ou celle) qu’il (elle) aime. Et souvent, il peut avoir l’impression d’être envahi-e par l’autre, débordé-e par ses demandes.
D’où vient cette dépendance affective ?
Vous l’avez compris : au tout début de notre vie nous étions tous en dépendance absolue de l’affection des adultes qui nous entouraient et qui s’occupaient de nous. Lors du développement de l’enfant, de son adolescence et du passage à l’âge adulte, nous passons progressivement de cet état de dépendance (pour remplir tous nos besoins) à l’autonomie et à l’indépendance (tout est relatif !).
Mais parfois, cela ne se passe pas comme prévu.
Des enfants séparés de leur mère, des enfants soumis à des critiques constantes, des enfants élevés par des parents rigides et exigeants, ou des professeurs cassants, peuvent expérimenter de grandes fragilités. Qui seront portées longtemps par le futur adulte. Avec pour conséquence cette incapacité à supporter la distance de l’être aimé et à rechercher un attachement fusionnel pour combler tous leurs manques et répondre à tous leurs besoins. À s’interdire de dire non, de marquer des limites, d’exprimer ses propres opinions, de peur de se retrouver seul.
Comment cela se termine ?
Un dépendant affectif trouve rarement son bonheur. Il est pris dans un cercle vicieux.
Plus nous suivons le jugement de l’autre, plus nous nous adaptons et plus nous nous alignons sur ses désirs, plus nous nous éloignons de nous-mêmes, de nos vrais besoins. Ce qui nous plonge dans la tristesse, la culpabilité, et parfois, des pensées « parano ». Et plus nous pouvons croire, encore et encore, que notre douleur va s’arrêter grâce à « l’amour » d’un autre.
Mais sortir de ce cercle (vicieux), c’est souvent se retrouver seul. Le dépendant affectif crée exactement l’inverse de ce qu’il désire : ses demandes débordantes et sa façon de se sur-adapter finissent par faire fuir son partenaire. Ce qui renforcera ses peurs et ses douleurs. Et sa croyance en laquelle il (elle) ne mérite pas d’être aimé-e et il (elle) ne peut compter sur personne.
Il (elle) finit toujours déçu-e.
Tout ceci n’est pas très réjouissant, mais on peut sortir de la dépendance affective.
Soit en choisissant avec un tout petit peu plus de discernement son partenaire. Pour éviter tous ceux et celles qui pourraient alimenter notre mauvaise image de nous-mêmes.
Soit en nous guérissant de nos manques. En guérissant vraiment, car sinon, on pourrait courir le risque de remplacer une dépendance par une autre, attention ! (on connait tellement de rechute dans la cigarette ou dans l’alcool après une rupture amoureuse. Cet arbre-là cache la forêt de la dépendance affective).
Oui, on peut guérir de la dépendance affective ! Je vous raconte comment dans un prochain post….
(*) Goodman, 1990 , entre autres